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Extraits de nos Livres

Nuit de la Saint-Jean

La veille de la Saint-Jean
La nuit la plus courte.
La nuit du jour le plus long.

Extrait chapitre VIII – du livre : « Mathurin et les Sentinelles du temps »

C’était la veille de la Saint Jean, la nuit la plus courte de l’année. La lune avait dessiné un joli croissant. Du rocher élevé où il se trouvait, Mathurin apercevait les feux qui brillaient un peu partout dans la campagne ; des flammes rouges s’élevaient du bourg. La terre reflétait le ciel, elle avait presque autant d’étoiles.
L’odeur de la fumée imprégnait l’air nocturne. Les cris des enfants, juchés sur les talus, sur les hauteurs, apportaient une rumeur joyeuse. Des voix fortes se répondaient de hameau en hameau ; des voix de femmes chantaient en chœur au pied des calvaires. Des jeunes filles, parées de leurs habits de fête, accouraient de partout pour danser autour des feux de Saint Jean, si elles en visitaient neuf dans la nuit, elles se marieraient dans l’année.
Mathurin rejoignit sa famille au bourg. Tout le monde portait un flambeau, le père Céleste qui avait bien vieilli s’avança pour allumer le feu de joie préparé au centre de la place. Lorsque les flammes crépitèrent, les villageois entamèrent une ronde en hurlant des cris farouches. Mathurin était de bonne humeur, il souriait, il observa sa Suzon qui avait mis son jupon de dentelle et son plus beau tablier, celui qu’elle avait porté pour leur mariage. Églantine, leur petite fille, portait une coiffe brodée et ses fils avaient revêtu leur chupenn et leur tok… Mathurin était très fier de sa famille.
Les sonneurs commencèrent à jouer faisant résonner dans la nuit leurs binious et leurs bombardes ; un pas en avant, un pas en arrière, un à bâbord, un à tribord et la ronde se mit à tourner et la danse se mit à virer.