L’histoire de l’œuvre, de sa gestation !

À vrai dire, du livre même, je n’ai pas encore écrit une ligne. Mais j’y ai déjà beaucoup travaillé. J’y pense chaque jour et sans cesse. J’y travaille d’une façon très curieuse, que je m’en vais vous dire : sur un carnet, je note au jour le jour l’état de ce roman dans mon esprit ; oui, c’est une sorte de journal que je tiens, comme on ferait celui d’un enfant… C’est-à-dire qu’au lieu de me contenter de résoudre, à mesure qu’elle se propose, chaque difficulté (et toute œuvre d’art n’est que la somme ou le produit des solutions d’une quantité de menues difficultés successives), chacune de ces difficultés, je l’expose, je l’étudie. Si vous voulez, ce carnet contient la critique de mon roman ; ou mieux : du roman en général.
Songez à l’intérêt qu’aurait pour nous un semblable carnet tenu par Dickens, ou Balzac ; si nous avions le journal de l’Éducation sentimentale, ou des Frères Karamazov ! L’histoire de l’œuvre, de sa gestation ! Mais ce serait passionnant… Plus intéressant que l’œuvre elle-même…

André Gide Journal des faux-monnayeurs

C’est à l’envers que se développe, assez bizarrement, mon roman. C’est-à-dire que je découvre sans cesse que ceci ou cela, qui se passait auparavant, devrait être dit. Les chapitres, ainsi, s’ajoutent, non point les uns après les autres, mais repoussant toujours plus loin celui que je pensais d’abord devoir être le premier.

Ne pas amener trop au premier plan – ou du moins pas trop vite – les personnages les plus importants, mais les reculer, au contraire, les faire attendre. Ne pas les décrire, mais faire en sorte de forcer le lecteur à les imaginer comme il sied.

2 commentaires

  1. Aldor

    Ce doit être effroyablement compliqué de tout mettre en place.

    Mais peut-être n’est-ce pas nécessaire. Dans bien des romans, les racines sont montrées bien après que la structure de l’arbre à été développée.

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  2. Marie an Avel

    Il s’agit du journal que tenait André Gide tout en écrivant son roman. Le roman a été édité en 1925 deux ans avant la parution de son journal de création en 1927 ; dont j’ai mis un extrait dans l’article, (les racines ont été montrées après l’arbre). En tant qu’écrivant(e) si je peux l’écrire ainsi je trouve passionnant de découvrir à travers ce journal ce qui a pu traverser l’écrivain pendant sa création, pendant la gestation de son livre. Il y a beaucoup d’auteurs qui ont eu ce besoin de noter leurs errances et leurs avancées. Le grand poète Rainer Maria Rilke a beaucoup écrit sur le cheminement de sa pensée, des livres qui sont des nourritures pour ceux qui se passionnent sur l’art d’écrire. Pour une jeune auteure comme moi c’est une aide véritable, un soutien dans les moments de doute. Je ne peux que les remercier d’avoir écrit ces carnets. Après, chacun.e d’entre nous cherche à sa manière. Ne pouvant lire de roman pendant que j’écris une histoire, je lis des journaux d’auteurs et les poètes. Ces journaux de création sont comme des maîtres, on s’enrichit à leurs cotés et avec gratitude, on ne cherche pas à imiter, on progresse grâce à l’ampleur du chemin que ces artistes ont parcouru.

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