autoédition

Publier un roman-feuilleton ? (2)

La publication d’un contenu sous la forme d’épisodes semble connaître une renaissance dans notre société où règne l’instantanéité.

Réponse collective aux commentaires de Sylvano Bulfoni & Carnetsparesseux à propos de mon article précédent sur la publication d’un roman-feuilleton¹.

 

Bonjour sylvano, bonjour Carnetsparesseux,

Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre aux questions de mon précédent article sur le roman-feuilleton. Ce nouvel article en guise de réponse commune puisque le contenu de vos commentaires va dans le sens d’une approbation à cette forme de publication en ligne, mais également pour poursuivre ma démarche dans ce questionnement. Si d’autres internautes veulent se joindre à nous ils sont les bienvenus.

La sérialisation, un avantage pour le numérique ?
Vous avez tous les deux répondu favorablement.
Je pense également que la lecture numérique favorise la sérialisation des contenus. Les progrès concernant la publication en ligne permettent de publier un livre sous forme de saga à épisodes chaque semaine, dans la tradition de C.Dickens, Jane Austen, Alexandre Dumas, Eugène Sue, etc., une forme de narration qui connaît beaucoup de succès actuellement.

quote La publication d’un contenu sous la forme d’épisodes semble connaître une renaissance dans notre société où règne l’instantanéité. Alors qu’aujourd’hui tout est disponible immédiatement et à portée de clic, la sérialisation oblige le lecteur à attendre, renforçant le suspense et fidélisant l’audience en créant de l’intérêt.

Comment fonctionne un roman-feuilleton ?
J’ai lu quelques articles ainsi que des extraits des grands romans-feuilletons du XIXe.
J’en ai retenu deux règles essentielles :

N°1 : L’écriture du roman-feuilleton est déterminée par le rythme de la parution, en conséquence, la publication doit posséder un nombre à peu près constant de signes typographiques.

J’aimerais faire une publication hebdomadaire, en fin de semaine, chaque fois le même jour, le jeudi me paraissant idéal ; j’avais pensé bi-mensuel mais j’ai peur — comme le souligne carnetsparesseux — que le fil soit trop long entre les deux parutions et que le lien texte-lecteur soit rompu.

N°2 : Il faut maintenir l’intérêt du lecteur,il faut faire en sorte  que ce qui est publié chaque semaine se termine sur un suspens.

Ce qui a fait son succès au XIXe, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui un « cliffhanger », effet familier qui repose sur l’interruption du récit au moment où la tension est à son comble.

Quel que soit le médium, la sérialité cache toujours une même intention : captiver le public, fidéliser encore un peu plus le consommateur.

Cette forme de publication quotidienne en ligne me plaît dans la mesure ou je pense avoir terminé l’ensemble de mon roman. Je ne me sentirais pas capable de me lancer dans une telle aventure sans avoir préécrit l’ensemble. L’écriture est une tâche artistique mais surtout artisanale et il me reste encore du travail de relectures (pour supprimer et ajuster les phrases ou les mots inutiles) – je me dis que ces rendez-vous quotidiens avec le lecteur m’obligeront à éliminer plus rapidement ce qui n’est pas essentiel, à « ne pas céder à l’ornement » comme disait Marguerite Yourcenar. Une expérience à tenter !
Les quatre premières parties des « Mystères de Paris » d’Eugène Sue ont paru dans le journal entre juin et décembre 1842, elles étaient préécrites. À l’origine, la parution dans le journal est conçue comme une prépublication : la destination du roman est avant tout son édition en volumes, au format in-octavo, ce qui explique la présence d’un chapitrage en plus du découpage en feuilletons.

Les Mystères de Paris

Mon inquiétude est encore toute entière, l’histoire est-elle totalement terminée, n’est-elle pas juste une ébauche ? Est-ce l’heure de sa publication ?

Une chose me rassure, mes personnages sont toujours présents à mes cotés — ils m’ont accompagnés si souvent durant plus d’une année, ils sont devenus des figures familières — ils sont prêts à me faire signe à la moindre erreur,  je leur fais confiance pour m’aider dans cette entreprise délicate si je décide de m’y lancer début juin. (c’est la date qui me convient par rapport au travail de préparation des feuilletons).

L’idée du roman-feuilleton m’inspire et m’inquiète à la fois, pour de multiples raisons, d’où mon article précédent et celui-ci.

Ce qui m’attire et m’inspire

  • L’extension du lectorat. Il n’est pas facile de se faire connaître, d’être visible sur la toile où des milliers de livres sont publiés régulièrement. Il y a eu une démocratisation de la lecture constante et progressive tout au long du XIXe siècle grâce en partie au roman-feuilleton.

Ce n’est qu’à la moitié du XIXe siècle que l’histoire littéraire dresse clairement une frontière entre les auteurs de roman « feuilletons » et les « grands auteurs » littéraires. Sainte-Beuve, « père de la critique littéraire », affichait un mépris hautain pour ce qu’il appelait non pas la littérature populaire, mais « industrielle ». Un peu ce qui se passe aujourd’hui entre l’édition à compte d’éditeur et l’autoédition.

  • C’est un genre populaire. Le roman-feuilleton a permis la lecture au plus grand nombre à une époque où l’analphabétisme était importante, il a développé un engouement pour la lecture qui jusque là n’était réservée qu’à une élite, l’aristocratie.La sérialité est intimement liée aux préoccupations économiques qui s’emparent de l’industrie culturelle de masse dans la première moitié du XIXe siècle, mais il ne faut pas réduire ce procédé à une simple stratégie mercantile visant à asservir le consommateur avide. Non seulement la sérialité a un impact décisif sur chacune des étapes allant de la création à la consommation du récit, mais elle est également à l’origine d’une esthétique singulière, qui ignore les préceptes sur lesquels reposent l’institution des belles lettres et l’idéal romantique.

  • Il a permis aux auteurs de vivre de façon plus régulière de leur plume. Les romans-feuilletons touchent une audience immense qui leur offrent de meilleures perspectives de rémunération.

  • Dans le roman-feuilleton, le lecteur est obligé de faire travailler son imagination de façon plus intensive que dans le cas de la lecture d’un livre à cause du délai imposé avant le dénouement attendu. La tension narrative est à son comble en l’absence du récit qui la structure (impossibilité de sauter des chapitres ou de lire la fin pour apaiser sa curiosité).

Extension du public qui lit, goût de plus en plus manifeste pour le roman, démocratisation de la presse par l’abaissement du prix. Une série de facteurs qui nous permettent de comprendre pourquoi le roman-feuilleton est devenu un genre considérable.

eugene-sue

Ce qui m’inquiète

  • Le rythme de publication. Il faut trouver le bon.
  • Le temps limité entre les épisodes
  • L’interactivité. Le lecteur peut intervenir entre les publications. L’auteur qui rédige son oeuvre au fur et à mesure des parutions successives, doit-t-il tenir compte des nombreux commentaires que ses lecteurs lui transmettent ?  Personnellement je ne m’en sens pas capable pour l’instant.
  • Le suspense lié à la fonction d’argument de vente. Il faut tenir le lecteur en haleine, piquer sa curiosité, de manière à le fidéliser et à lui inculquer des habitudes de lecture.
  • L’importance du découpage, la composition des chapitres. (épisodes). Démultiplication exponentielle des intrigues, qui se chevauchent et s’entremêlent dans le flot discontinu du récit. L’accumulation d’événements et de personnages qui donne lieu à des jeux de contrastes savamment orchestrés.
    Mon roman n’est pas une histoire à suspense ni à rebondissements. Cependant la réflexion des personnages et les dialogues y ont une part importante.
  • Je ne partagerais pas les tâches.

    quoteSoumis à une pression constante et à un rythme d’écriture insoutenable, l’auteur est souvent contraint de recourir aux services d’un pair, ces auteurs « nègres », presque toujours laissés dans l’ombre, qui aident à la rédaction du roman. À l’instar des multiples formes de plagiat qui envahissent l’industrie littéraire de l’époque, le recours à des auteurs multiples vise à accélérer le rythme de production et à faire en sorte que les délais imposés par le marché soient respectés. Voir l’ampleur de la contribution de « Maquet » dans les oeuvres attribuées uniquement à « Dumas ». Une méthode de travail insolite qui étaient liés dans un rapport de complémentarité d’une incroyable efficacité.

Comment mettre le feuilleton à disposition du lecteur, où le vendre ?

Sur le blog ?  Il faudrait mettre en place une application et c’est très coûteux. Impossible à gérer.
Sur une plateforme de vente en ligne ? Amazon, Kobo/Fnac, Smaswords, etc. ?
Ailleurs ? Si vous avez des idées…

Quel tarif par épisode ?
En tenant compte du coût au moment de sa publication au format broché, je pense que la somme de 1,30€ ou 1,50€ est raisonnable et correct.

ecrire-a

Article un peu long, mais j’ai encore besoin de mettre ma réflexion au clair avant de me lancer dans l’aventure. C’est aussi un partage pour ceux qui écrivent et cherchent à publier différemment. Sylvano et CarnetsParesseux je me ferais un plaisir de vous tenir informé dés que ma décision sera prise et que j’aurais fixé la date de parution. Il me reste à trouver la bonne manière de le diffuser et le bon rythme à adopter pour moi et les futurs lecteurs. Je vous remercie encore de votre intérêt et de votre participation.


Pour en savoir plus sur le roman-feuilleton  :
roman-feuilleton : Le roman-feuilleton naît en Angleterre au XVIIIe siècle, grâce à Daniel Defoe qui déchaîne les passions des lecteurs anglais avec les aventures de Robinson Crusoë. Il se développe en France dans les années 1830-1840 avec l’apparition d’une presse populaire bon marché. Il est alors le fruit d’une alliance ingénieuse et opportuniste entre des romanciers de talent et des directeurs de journaux qui trouvent, de part et d’autre, de grands avantages financiers à cette collaboration. Le premier roman-feuilleton publié, en 1836, est un roman de Balzac intitulé « La vieille fille ».
Pourquoi ce type de roman s’appelle roman-feuilleton ?
Ce terme a un rapport avec l’organisation de l’espace de la page du journal. On appelle feuilleton, en terme journalistique du XIXe siècle, la partie inférieure de la page du journal, le « rez-de-chaussée ». Une habitude s’est installée dans les années 1830 de consacrer le bas de cette page à l’impression de textes littéraires ; de là découle l’expression « roman-feuilleton ». On est passé du terme technique désignant l’emplacement, à la désignation du type de texte ainsi publié.

Mais même si Balzac est l’inventeur du genre, ce n’est pas lui qui compte parmi les grands auteurs de roman-feuilleton. Il y a une trilogie, assez facile a retenir : Alexandre Dumas, Eugène Sue, et Frédéric Soulié. Ces auteurs vont occuper une place considérable dans la presse, puisque les chiffres de vente des quotidiens auxquels ils vendent leurs romans-feuilletons vont augmenter considérablement grâce à l’intérêt que présentent ces romans pour les lecteurs. Le roman-feuilleton est un phénomène économique ; c’est donc aussi un phénomène en rapport avec la sociologie de la littérature

Citations :

Je lisais tous les jours, dans Le Matin, le feuilleton de Michel Zévaco : cet auteur de génie, sous l’influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d’épée républicain. Ses héros représentaient le peuple ; ils faisaient et défaisaient les empires, prédisaient dès le XIVe siècle la Révolution française.
Sartre, Les Mots, 1964

D’Artagnan, Rodolphe, Lagardère, Rocambole, Pardaillan, Rouletabille, tous ces personnages et tant d’autres qui ont marqué notre adolescence ou notre jeunesse et que nous regrettions de ne guère entrevoir dans les histoires de la littérature alors même qu’ils avaient enthousiasmé et conquis un très vaste public entre 1836 et 1914, les voici enfin réhabilités et replacés dans leur contexte par Lise Queffélec.
L. Queffélec, Le Roman-feuilleton français au XIXe siècle , coll. Que sais-je ? n° 2466

Les sites que j’ai découvert et qui m’ont aidée dans ma réflexion :

Origines des séries et épisodes
Roman-feuilleton-encyclopédie universalis
Machines de roman-feuilleton -sur le site Persée
La littérature au risque du numérique
Le roman-feuilleton ou l’écriture mercenaire
Le roman-feuilleton français au XIXe siècle

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