Journal de création

Un battement d’ailes de cigogne

Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité.

Deuxième Nouvelle de l’été

Titre : « Un battement d’ailes de cigogne »

Naissance
Illustration ©Anton Peick

En la relisant dix jours après l’avoir publié j’ai envie de changer quelques mots. Apprendre à lâcher prise, un vaste programme. Pour cette histoire j’avais envie de développer certains rapports entre mes personnages mais si j’avais laissé faire mon imagination je ne l’aurais probablement pas encore terminée.

J’ai pris goût au texte court et ce travail m’a donné envie de faire un recueil de nouvelles. Je trouve assez plaisant d’écrire dans la rapidité, le court, l’émotion à vif. Ce genre  littéraire qui oblige à une concentration de l’histoire et qui permet de jouer sur la surprise avec le dénouement m’a enchantée. J’adhère totalement à l’analyse qu’en fait Charles Baudelaire : « Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité ».

Baudelaire, traducteur d’Edgar Allan Poe a proposé cette analyse de la nouvelle :

Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité.

Durant l’été j’ai relu « Le K » de Dino Buzzati, ses histoires sont vraiment remarquables, j’ai aussi découvert le livre de nouvelles « La première gorgée de bière » de Philippe Delerm et je me suis demandée si j’allais continuer d’écrire tant j’ai trouvé leurs textes magnifiques. J’ai également lu « Le carnet rouge » de Tatiana de Rosnay, une lecture facile et rapide, on rit parfois de bon cœur, parfois en crispant les lèvres. Ce n’est pas aussi beau que les nouvelles de P.Delerm mais le sujet ne se prête pas beaucoup à la grâce.

au-chevaletIl y a deux ans j’ai commencé à travailler sur le manuscrit d’un roman qui me tient toujours à cœur mais que j’ai laissé tomber de nombreuses fois pour différentes raisons, peut-être parce que la forme que j’ai donné à l’histoire ne me convient pas. Avec le roman, c’est comme si mes personnages m’emportaient toujours plus loin sans que je puisse les arrêter. Cet été j’ai remarqué que le fait d’être obligé de rendre le manuscrit à une date précise, de savoir qu’il sera lu par plusieurs personnes en dehors de mes connaissances, qu’il sera peut-être publié en ligne ou en papier a modifié mon rapport tendu avec l’auto-discipline. Un auteur doit savoir s’isoler même quand le soleil brille et que les rires des amis traversent les murs, il doit se concentrer, se relire, se corriger, surmonter ses doutes, son perfectionnisme parfois excessif. (C’est vrai que c’est une vision personnelle.)

Avec le genre littéraire de la nouvelle je n’ai pas ressenti ces difficultés de la même façon. Je dirais même que l’idée de mettre le point final assez rapidement à chacune de mes histoires a décuplé mon envie d’écrire. D’ailleurs, je vous laisse et je repars sur ma troisième nouvelle qui je dois dire me plaît beaucoup, l’ambiance y est plus légère et plus drôle que dans mes précédentes fictions. Il fallait peut-être que je lâche du leste pour en arriver là.

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